
Oh bonjour voyageur ! Comment vas-tu ? Cela fait un moment que je ne t’ai pas croisé avec la fermeture de la taverne ! Mais me revoici, la voyageuse fidèle au poste revient, mais je ne vais pas tout de suite te donner un nouveau conseil d’écriture. Oui, aujourd’hui je vais laisser ma place à une autre voyageuse : Caroline Lyra Cinderash qui a de précieux conseils concernant la place de la magie dans la fantasy ! Elle tient également un blog sympa histoiresfantasy.com avec des conseils, des retours sur son expérience en tant qu’autrice, mais aussi des témoignages d’auteurs.
Allez je m’éclipse nous chercher quelques verres pendant qu’elle te raconte ce qu’elle a à dire sur la place de la magie !
Définition rapide de la magie
Avant toute chose, petite précision : ici, quand je parle de magie, je ne parle pas de la prestidigitation et de tout ce qui lui est associé.
Revenons-en à notre définition. Qu’est-ce que c’est, la magie ?
La magie, en gros, c’est un art fondé sur des croyances qui supposent qu’il existe dans la nature des forces inexplicables qui peuvent être utilisées pour faire des choses qui semblent irrationnelles.
Elle est basée sur le surnaturel (qui, par définition, échappe aux lois de la nature connues) et n’a pas vocation à exister ailleurs que dans notre imaginaire.
La magie rime avec l’impossible. Elle est impossible.
- Générer une boule de feu avec nos petits corps humains seuls est impossible.
- Geler une maison entière par un souffle de glace est impossible.
- Etc.
Vous voyez ce que je veux dire.
Pour apporter une petite nuance à la magie et à son impossibilité, citons la troisième loi de Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »
Donnez un téléphone portable à quelqu’un du dixième siècle, et pour cette personne, ce sera de la magie.
Ce qui est magique pour un temps ne le sera peut-être pas dans un autre temps.
Faut-il obligatoirement mettre de la magie dans son univers de Fantasy ?
La réponse qui nous vient naturellement est : oui. Quand on crée un univers de Fantasy, il faut mettre de la magie.
Penchons-nous sur la définition de « Fantasy » : Genre littéraire qui mêle, dans une atmosphère d’épopée, les mythes, les légendes et les thèmes du fantastique et du merveilleux. Définition du Larousse (https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/fantasy/10910360)
Le mot magie n’intervient pas, mais il est sous-entendu, je le concède.
En toute honnêteté, la réponse n’est pas aussi simple que « oui » ou « non », car elle dépend de ce que l’on entend par « magie ».
Si on parle de générer de grands jets de flammes, par exemple, alors non, ce n’est clairement pas nécessaire. La magie peut être présente par petite touche, de manière subtile, sans être omniprésente. Cela dépend réellement de ce que l’on veut faire de notre récit et de nos personnages.
L’avantage avec une magie plus subtile, plus « codifiée », c’est qu’elle permet des enjeux peut-être plus proches de ceux du monde réel. Une blessure par balle, par exemple, demeurera toute aussi mortelle que dans la vraie vie. Dans un récit où la magie permet de tout guérir, elle sera en revanche considérée comme moins grave.
L’avantage d’une magie omniprésente et quasiment omnipotente, c’est justement d’introduire des enjeux complètement différents de la vraie vie. La fantasy permet de voyager, alors pourquoi ne pas aller dans des mondes radicalement distincts du nôtre, loin de nos problèmes ordinaires ?
Sans même parler de magie en tant que telle, la simple présence d’espèces différentes des êtres humains, avec leurs particularités, donne au récit un cachet SFFF certain.
Il faut donc de la magie, mais libre à vous de décider ce que l’on entend par « magie » !
Comment choisir la place de la magie ?
Les différentes approches
Attention, ça ne sera pas exhaustif ! Il y a autant d’approches que d’univers de Fantasy. Je vais juste décrire quelques situations généralistes et les détailler.
La magie est un secret
On peut penser à de la magie dans un contexte terrien, contemporain ou passé (par exemple du temps de l’inquisition). Il est cependant tout à fait possible de créer un monde totalement différent, avec des espèces différentes, dans laquelle la magie doit rester cachée.
Le secret est donc majeur dans ce monde, et sa conservation peut être l’enjeu principal de l’histoire. De nombreuses contraintes découlent naturellement de cette situation, ainsi que des dilemmes : garder le secret, mais à quel prix ? Un personnage doit-il se mettre en danger pour ne pas dévoiler ses capacités ? Quelles sont les conséquences si le secret est dévoilé ?
La magie est éteinte
La magie a existé, mais elle est considérée comme totalement ou partiellement éteinte. Elle peut être vue comme ayant été réelle ou comme appartenant au domaine du mythique.
Dans le cas où la magie est totalement éteinte, il n’y a plus une trace de magie dans le monde actuel. Vos personnages peuvent en connaître les règles (car ils ont une forte connaissance historique ou mythologique). La magie peut être discutée, ses bienfaits ou méfaits débattus, mais personne n’est censé en faire.
Il en va de même si la magie est partiellement éteinte, à l’exception près qu’elle va faiblement persister (de manière bien moins impressionnante que dans les temps anciens). Elle peut ainsi persister à travers des individus spéciaux, des territoires particuliers, des objets ou des lieux.
Quelle que soit l’intensité de « l’extinction de la magie », un angle intéressant pour traiter cette problématique est le suivant : la magie apparaît là où elle ne devrait pas apparaître. Une personne ou un lieu qui ne devrait pas l’être devient magique.
Un autre angle (non exclusif du précédent évoqué) peut-être de comprendre pourquoi la magie s’est éteinte et comment il serait possible de la ramener.
La magie est omniprésente
La magie est partout et accessible à tous ! Je caricature, mais en gros, c’est ça.
Dans ce cas-là, la magie va avoir un énorme impact sur la société. Elle va la façonner de manière plus ou moins directe et plus ou moins drastique. La liberté dans un tel univers peut être totale : si on le souhaite, on peut tout rendre magique (même ce que les gens mangent !).
L’important est de trouver des enjeux adaptés à l’omniprésence de la magie.
Quelle est la meilleure approche ?
Il n’y en a pas. La meilleure approche, c’est la vôtre !
Pour débuter, cependant, il y aura forcément une manière de présenter et d’introduire la magie dans votre univers qui vous conviendra le mieux.
Ce qui est important, c’est de ne pas perdre le lecteur. Peu importe la densité de notre univers et la complexité de la magie qui l’habite, il faut toujours se rappeler que ce qui est acquis pour nous ne l’est pas pour le lecteur. Il faut donc introduire progressivement la magie (ce qui est un peu compliqué lorsqu’elle est omniprésente dans le récit dès le début de celui-ci, je l’admets). Il faut éviter de TOUT expliquer en quelques pages successives. Peu importe à quel point notre univers est intéressant, le lecteur ne pourra jamais tout retenir en une fois.
Progressif est donc le mot. S’il est nécessaire de poser rapidement de nombreuses bases pour le récit (je reprends l’exemple de la magie omniprésente), alors il ne faut pas hésiter à répéter les informations. Attention, il faut être raisonnablement répétitif : il ne faut pas non plus vexer ou lasser le lecteur en insistant trop !
Structurer la magie
Il n’y a pas vraiment de place définie à l’avance pour la magie dans votre œuvre. C’est vous qui la définissez et la choisissez. Il est cependant très important de structurer la magie.
La magie ne peut pas être entièrement expliquée, puisqu’elle est magique, je vous l’accorde. Il ne faut néanmoins pas sortir d’un chapeau tout ce qu’elle permet de faire.
Dès que l’on introduit un acte magique, ou quoi que ce soit lié à la magie, il faut définir les règles liées à cette insertion dans le récit.
Il faut se poser des questions.
Jusqu’où vont les capacités de vos magiciens ? La magie peut-elle ressusciter les morts ? Peut-on voyager dans le temps ? Maîtriser les volcans ?
Il y a toujours des limites. Ou alors, s’il n’y a pas de limite, il faut le préciser explicitement.
Il faut donner un cadre (ou une absence de cadre) afin de permettre aux lecteurs de ressentir les enjeux.
Rester constant
La place de la magie ne peut évoluer que si le récit la fait évoluer. En d’autres termes, vous ne pouvez pas décider de changer la manière dont les gens perçoivent la magie, ou comment elle est attribuée, par exemple, sans que cela soit justifié par des actions qui découlent — directement ou indirectement — de l’histoire que vous racontez.
Je me répète et j’insiste, mais il est important de justifier et d’expliquer.
Il faut rester cohérent.
Prenons un exemple : si dans votre univers de Fantasy, il est possible de ressusciter les morts, alors vous devez vous y tenir. Vous ne pouvez pas décréter soudainement, sans raison, que c’est impossible.
Merci beaucoup d’avoir lu cet article ! S’il vous a plu, n’hésitez pas à passer me faire un coucou sur mon site : https://histoiresfantasy.com
Liens utiles
Définition de la magie
https://www.universalis.fr/encyclopedie/magie/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Magie_(surnaturel)
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/magie/48531
Pour aller plus loin
https://fantasy.bnf.fr/fr/comprendre/la-magie-au-coeur-du-genre/
https://fantasy.bnf.fr/fr/comprendre/
Inventer la magie de son roman de fantasy

Merci beaucoup à toi Caroline pour m’avoir fait confiance et avoir choisi la taverne du Ficus de la Fantasy pour délivrer ces réflexions très intéressantes autour de la place de la magie en Fantasy. Encore une fois n’hésitez vraiment pas à faire un tour sur son site : histoiresfantasy.com
On se retrouve bientôt pour d’autres conseils et n’oublie pas de t’hydrater en cet été qui s’annonce plutôt chaud !
